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La Lettre d'Expression Médicale
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 N° 423
 
 
 
    21 novembre 2005
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Excès thérapeutiques

Docteur Gabriel Nahmani

Françoise Dencuff a écrit dans le débat sur la LEM 421 : " pour le médecin généraliste, isolé…dans la Creuse ( ou en Meuse, pourquoi pas ?), pas simple de partager. D’autant que ce n’est guère dans la culture médicale, ni dans notre formation. Le refus de soins étant vécu comme un échec nous avons peur du regard de nos confrères "

retrouver la confiance

J'ai connu quelques " échecs" en 36 ans de pratique, je ne les ai jamais considérés comme tels, ayant rapidement admis et partagé la lassitude profonde des patients…et l'incongruité des excès techniques et thérapeutiques que je risquais de leur faire infliger, en pure perte souvent: le médecin devrait sentir d'emblée quand il doit se comporter en aidant- accompagnant, plus qu'en technicien souvent imparfait.
Paroles, gestes et regards sont souvent plus efficaces que dosages savants et prescriptions compliquées. A quoi a servi de faire transporter le vieux Léon, 85 ans, victime d'un accident vasculaire cérébral, en hélico vers le centre de neurochirurgie de Reims pour apprendre sa mort survenu pendant le trajet ?
Des perfusions de plusieurs millions d'unités d'une Pénicilline ancienne parce que le vieillard présente une température élevée alors qu'il est plongé dans un coma profond et que sa fièvre est d'origine centrale et non infectieuse…

restaurer la conscience

Comment agir quand, médecin traitant, on ne peut infléchir l'ardeur médicale de certains soignants hospitaliers pour lesquels il FAUT SOIGNER D'ABORD, même quand le patient est finissant, épuisé, meurtri par la maladie et par les soins imposés et ne peut ou ne sait refuser et que les familles, hagardes, épuisées elles aussi, ne savent que manifester un respect inapproprié et veule devant les médecins du service.
En pratique individuelle, cela paraît plus facile ( encore que rare): le patient doit savoir ce qu'il a, comprendre ce qu'il encourt s'il refuse, le médecin doit alors respecter son désir…et rester quand même là,( à défaut d'être las) aidant- accompagnant, et peu importe alors le regard des confrères et de la maréchaussée vertueuse: c'est vraiment dans de telles situations que se justifie l'axiome " dialogue singulier entre deux consciences ": toi et moi seulement, je te donne ma confiance, fais-en sorte de la mériter pour que je te respecte, docteur…".

renforcer la compétence

Donc, idéalement, quand l'avis du malade réussit à s'imposer, se contenter des seuls soins indispensables: nursing surtout, antalgie efficace, et surtout pas de zèle thérapeutique comme le laisse entendre l'arrêt du 26/10/2001 " « La volonté du patient peut être méconnue à la triple condition : qu'un acte médical soit indispensable à sa survie, que cet acte soit proportionné à son état et réalisé avec l'intention de le sauver. »
Vous avez dit " SURVIE " ? Le Survitrage est généralement supérieur au Vitrage, la Survie est-elle toujours souhaitable…et souhaitée par le patient et son entourage direct ? Pourquoi et au nom de quelle éthique le législateur décide-t-il de méconnaître la volonté du malade ? Que chaque médecin et chaque politique, juriste ou autre se pose honnêtement la question: " que souhaiterais-je vraiment pour moi, le moment venu, si j'ai toute ma lucidité ?"
Le malade subit longtemps le pouvoir médical, qu'on lui laisse, ENFIN, à la fin, le choix final, me semble…JUSTE. François Jacob l'avait remarquablement écrit: "…si l'on n'est pas responsable de sa naissance, on l'est d'une certaine manière de sa mort. Ce que l'on ne peut oublier,
c'est la peur d'avoir peur,
c'est le DÉGOÛT de devenir dégoûtant,
l'impuissance à éviter l'impotence,
et aussi la terreur
d'être dominé comme un enfant,
de se faire manipuler,
la hantise de devenir autre que ce que l'on est, de penser différemment et même de ne plus penser du tout.
Et puis le cauchemar d'avoir à subir, d'être agi sans pouvoir réagir, ni s'expliquer, ni même demander , Bref, le spectre du végétal "
Est-ce cela que proposent les signataires de l'arrêt du 26/10/2001 ?

NDLR : Comme l'Internet est le moyen idéal pour le faire, il ne faut vraiment pas s'en priver, ami lecteur. Si ce texte vous touche, vous plait, vous déplait ou vous semble mériter telle ou telle réponse, d'un simple clic sur la photo de l'auteur et un courrier électronique de votre part lui parviendra. FMM, webmestre.



Pour ceux qui ne connaissent pas encore notre Charte d’Hippocrate.

Lien : http://www.exmed.org/archives08/circu532.html




Os court :« Ô Seigneur - Soigneur, laissez-nous nous endormir du sommeil de la Terre»
Gabriel, PCC Vigny


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Lire la LEM 422 " Le harcelé et son médecin" de F-M Michaut

Lire la LEM 421 " Refus de soigner et refus de soins"de Françoise Dencuff

Lire la LEM 420 " Meurtre ou délivrance ?" de G.Nahmani