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 N° 476
 
 
 
    10 décembre 2006
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Normalisation rampante

Docteur Tony Lambert lui écrire

A propos d’une LEM précédente (1) qui parlait des conditions de l’exercice de la médecine générale (MG) et de la qualification de ses enseignants, on peut se poser de multiples questions. Voici quelques réflexions personnelles d’un jeune médecin généraliste en exercice sur les conditions dans lesquelles cette future MG va s’exercer.

retrouver la confiance

La condition sine qua non permettant aux généralistes de s’impliquer dans l’enseignement et l’accompagnement des nouveaux étudiants est, je suis désolé d’être si matérialiste, de leur offrir les possibilités matérielles d’assurer cet enseignement, c'est-à-dire, clairement, de leur donner de l’argent, de les payer correctement pour cela, donc bien au-delà de l’aumône actuelle qui leur est attribuée . Il semble, à ce propos, que les négociations de ces dernières semaines seront remises à plus ou moins courte échéance, si vous voyez ce que je veux dire. Par ailleurs, en effet, donner officiellement le statut de spécialiste aux médecins de premier recours  (cela se discute néanmoins d’un point de vue sémantique et de celui de la définition même de la médecine générale), qui plus est à un généraliste enseignant, ne peut être que motivant. Mais l’attribution d’un label « universitaire » suffira-t-elle pour compenser la longueur de l’exercice déjà intense (en moyenne 60 heures par semaine pour un généraliste selon la SFMG, société française de médecine générale) ?

restaurer la conscience

Les facultés de médecine ne sont-elles pas subtilement en train de demander aux départements de médecine générale des Universités, et par là même, aux généralistes enseignants une forme de normalisation des étudiants ? Pense-t-on qu’il suffit de former des généralistes spécialistes (c’est dur à dire) pour que tout le monde soit content de cet état ? Va-t-il y avoir des généralistes de terrain, toujours dans le cambouis, et des généralistes universitaires qui sauront grimper les échelons de la hiérarchie? Va-t-il y avoir des généralistes qui se lanceront dans la recherche universitaire en quittant les soins (dire qu’on peut faire les deux est à mon avis une gageure, ou au pire, je n’ose le croire, un mensonge) ? Va-t-on créer ainsi un nouveau « mandarinat » y compris chez les généralistes ? Vaut-on faire croire aux généralistes qu’il suffit d’être spécialiste et universitaire pour pouvoir sortir la tête du guidon ? Osera-t-on demander (c’est à mon sens déjà fait) aux internes de médecine générale de rentrer dans le rang des spécialités c'est-à-dire de rentrer dans le système de la « chefferie de service », va–t-on oser faire cela à nos soignants du premier recours ?

renforcer la compétence

Ne crachons pas dans la soupe : il semble intéressant pour un généraliste de devenir spécialiste et enseignant reconnu par l’Université. C’est un question de prestige. C’est une question de curriculum. C’est une question de carrière. Mais la réalité est, à mon avis, bien autre. Ce que l’on demande, il me semble, aujourd’hui aux enseignants, c’est de normaliser les étudiants à la sauce universitaire, d’en faire des bêtes à concours (comme s’ils n’avaient pas déjà assez donné : « Mais de quoi se plaignent-ils ? Ils étaient bien d’accord pour subir les épreuves de l’internat comme leurs confrères spécialistes ! »), d’en faire des chercheurs en herbe au lieu de leur montrer ce qui les attend en ville, de les aider in situ à se faire respecter d’un système dont ils sont soi-disant le pivot, alors qu’en réalité ils ont été abandonnés tour à tour par la faculté, les syndicats, l’Ordre et l’Assurance Maladie. Le problème est enfin que le titre de spécialiste les contraint à passer par la case « examen national classant » mais qu’ils n’auront, quoiqu’ils croient, « que » le titre de généraliste ( ce qui pour moi est essentiel) et que bon nombre d’étudiants déçus par la filière s’engageront dans des diplômes universitaires plus ou moins spécialisés leur permettant d’exercer dans des pseudo-spécialités (médecine générale option gériatrie, médecine générale option allergologie, médecine générale option gynécologie ….) donc ce ne sera plus vraiment de la MG. La compétence des généralistes ne sera renforcée et l’avenir de la MG assurée que quand on décidera enfin que le système de santé de la médecine générale de notre pays doit être mis entre les seules mains de soignants de premier recours, par définition non spécialistes. C’est exactement l’inverse de ce qui se passe actuellement. Pour leur plus grand mal les malades devront à l’avenir (lointain ?) trouver un médecin généraliste, en ayant si possible, déjà un diagnostic à leur proposer (généralistes option vieux, généralistes option nez bouché, généralistes option femmes enceintes…).

(1) NDLR : LEM 474 - Fatale erreur de système ( F-M Michaut) url : http://www.exmed.org/archives/circu474.html

 


Pour ceux qui ne connaissent pas encore notre Charte d’Hippocrate.

Lien : http://www.exmed.org/archives08/circu532.html




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Coluche


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Lire La LEM 475 Le docteur Guy Sharf de François-Marie Michaut

Lire La LEM 474 Fatale erreur de système de François-Marie Michaut

Lire La LEM 473 Question de musique de Françoise Dencuff