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 N° 502
 
 
 
     11 juin 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Exmédothérapie

Photo de l'auteur Docteur Tony Lambert lui écrire

Certes, prescrire est tout un art mais ne pas prescrire devrait pouvoir aussi être enseigné et au train où vont les choses, il est plus qu'urgent de s'abstenir d'écrire sur son ordonnancier. Qu'il s'agisse de "maladies inventées" ou de pathologies dont la physiopathologie n'est pas connue, Big Pharma s'échine à rendre les médecins moutons. Illustrations.

retrouver la confiance

S'il est un élément du dialogue patient-médecin qu'il est utile voire indispensable de détruire pour faire du chiffre, c'est la confiance. Prenez la fibromyalgie, prenez le fameux syndrôme des jambes sans repos. Je ne nierai pas ici les symptômes décrit par les malades se plaignant de douleurs, mais est-il si utile de prescrire un médicament ? Y a -t- il d'ailleurs ça ou là dans la pharmacopée quelque chose d'utile aux patients ? Ma réponse, hormis quelques essais de phytothérapie probabiliste de ci de là, est NON. Big Pharma pourtant est capable d'inventer un mécanisme physiopathologique fumeux pour prescrire des anxiolytiques d'un côté ou des aniparkinsoniens de l'autre. Chez les médecins, ça bronche peu. Chez les leaders d'opinion, pas beaucoup et au niveau des autorités sanitaires, le silence complice assourdit. Si bien que le charlatan n'est pas celui qui prescrit n'importe quoi mais celui qui ose ne rien prescrire ou qui, dans son ignorance obligée, se contente (ce qui est déjà énorme) de rassurer pour qu'en sortant du cabinet son malade soit plus léger qu'en y entrant.

restaurer la conscience

Ce phénomène de battage médiatique prend une telle ampleur en médecine qu'un groupe de résistants sur le Net a inventé des poissons d'avril pour médecins en mal de maladies : le trouble dysphorique du lundi matin, le trouble de déficience motivationnelle ... Leur objectif n'est pas de se moquer des patients, n'est pas de remettre en cause la plainte mais bel et bien de dire "stop" à la médicalisation de toute la vie, à la tendance actuelle "une maladie, nouvelle si possible, une molécule". Sans compter que le médecin un peu conscient du "pouvoir" qui lui reste de prescrire ou pas, se sent à peine pressuré par la télévision, les relais médias en tout genre, voire parfois par les soignants eux-mêmes ( en particulier les étalages de certaines pharmacies, ou les cocktails amaigrissants de certains cabinets). Tout est bon pour vendre, à tel point que de nouvelles disciplines naissent, les généralistes de base étant bien trop incultes pour connaitre les dernières nouveautés parues dans tel magazine santé ou telle émission TV du samedi après-midi. Notamment l'"obésologie" a le vent en poupe si vous êtes porteur du fardeau actuel de la cardiologie, j'ai nommé le "syndrôme métabolique" (un peu trop de graisse ici). la "fibromyalgologie" ou la "jambesansreposologie" seraient ainsi enseignables en faculté.

renforcer la compétence

Tout ceci serait juste risible si:
- les patients n'étaient pas abusés dans la confiance qu'ils portent aux soignants, lesquels sont shuntés par la publicité indirecte et ensuite reconnus incultes ou soi-disant à la botte des caisses d'assurance-maladie.
- l'argent du public, donc le notre à tous, n'était pas ainsi jeté par les fenêtres, les labos imposant leurs tarifs, même s'il parait que c'est faux.
- le risque médical était nul. Mais au final, cela représente un risque non négligeable d'effet indésirable parfois grave ou fatal (un médicament "proposé" dans le syndrôme des jambes sans repos est à risque cardiaque net).
Devant une "spasmophilie" (concept français n'ayant pas dépassé les frontières comme le nuage nucléaire soviétique d’antan, devant un os soit disant friable, devant un pré-diabète qui n'existe pas, une seule solution (éventuellement avant d'être réellement malade) : la parole, une exmédothérapie en quelque sorte.


Pour ceux qui ne connaissent pas encore notre Charte d’Hippocrate.

Lien : http://www.exmed.org/archives08/circu532.html




Os court :«J'en suis à prendre huit médicaments. Faut-il que j'en aie une santé. »
Sacha Guitry


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