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 N° 515
 
 
 
    10 septembre 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Enfer de la jungle médico-administrative

Photo de l'auteurDocteur Tony Lambert lui écrire

Cette LEM n'est pas forcément destinée à susciter une réflexion profonde. Disons que c'est un coup de gueule dans un quotidien de médecin généraliste (et vraisemblablement de spécialiste aussi) immergé dans la jungle « paperassière » des administrations.

retrouver la confiance

Bel objectif oui. Mais comment retrouver la confiance perdue entre les deux parties de la « convention médicale » quand à un simple bon de transport d’un malade, on doit ajouter depuis quelques mois le motif détaillé du déplacement et de la destination, avec de multiples cases à cocher, redondantes, à choisir parmi de nombreux cas prévus dans une notice d'explication (!) inaccessible aux confrères hypermétropes. Si ce bon, qui est une prescription faite par un docteur en médecine, est « mal rempli » (où ?), il est rejeté par les caisses d’assurance-maladie. Comment retrouver la confiance quand il faut, dès à présent, détailler le motif d'arrêt-maladie avec les trois heures de sortie consécutives autorisées au malade, sous peine de voir cet arrêt rejeté et de rendre responsable le praticien du non-paiement des indemnités journalières dues au malade (technique bien connue du bouc émissaire). Si l'arrêt maladie dure, il faudra, à nouveau, décrire la maladie sur un protocole d'examen destiné au médecin conseil de la caisse. Quand on sait que bon nombre de ces arrêts sont liés à des dépressions, le médecin généraliste en est quitte pour sortir sa plus belle plume « bovarienne ».
Comment retrouver la confiance quand l'Education Nationale (ou son petit chef loco-local) commence aussi à demander des certificats d'aptitude au sport, quand il faut justifier la moindre absence pour grippette (alors que ce certificat est inepte, inconsistant et jamais requis) sous prétexte que les parents ne tiennent plus en main leur progéniture dès la maternelle.

restaurer la conscience

oui mais comment la restaurer quand, en tant que médecin , vous vous cassez la tête pour trouver une solution de reclassement professionnel à votre patient « croqué » du BTP en arrêt pour maladie professionnelle et que, manu militari, le service médical d'une caisse de sécurité sociale vous « invite » à déclarer vous-même cette maladie «terminée» alors que la décision a été prise par le médecin conseil en une consultation de 10 minutes lors d'un seul contrôle sur un laps de 4 à 6 mois (fréquent). Comment restaurer la conscience quand on somme au médecin de respecter de façon scrupuleuse l'ordonnancier bi-zone (et sur format A4 s'il vous plaît, ça passe mieux au SCAN) pour les patients en affection de longue durée en répartissant « en haut » ou « en bas » les médicaments, alors qu'il s'agit d'un travail que les caisses devraient faire elles-mêmes puisque depuis la réforme de 2004 ce sont elles qui décident, sur proposition du médecin généraliste, ce qui est pris en charge à 100% et ce qui ne l'est pas. Comment restaurer la conscience quand le tiers final de la consultation est aujourd'hui de s'y retrouver dans l'implacable imbroglio du « parcours de soin » selon que les patients ont déclaré ou pas un médecin dit "traitant " (expression au demeurant méprisable, le médecin généraliste est comme les autres un médecin soignant, il soigne des malades, il ne traite pas des maladies, ce n'est pas un exécutant; que les administratifs de tout poil (et des soignants aussi) qui n'ont pas encore compris cela fassent l'effort de comprendre).

renforcer la compétence

Renforcer la compétence: oh que oui ! Mais comment le faire quand, alors que vous avez demandé (avec détails selon des règles médico-administratives acceptées de tous ) soit une ALD (affection dite de longue durée, ce que l'on connaît souvent sous l'appellation « 100% ») pour votre patient hémiplégique, le médecin conseil - qui fait son boulot comme tout le monde - se croit néanmoins obligé de vous demander la copie du courrier du neurologue pour vérifier qu'il ne s'agit pas là d'un mensonge (?) ou pour vérifier que vous n'en rajoutez pas une petite couche sur le handicap de votre malade (au cas où il serait encore apte à refaire sa toiture), reléguant ainsi le généraliste au poste de secrétaire du service médical de sécurité sociale, le médecin dit « traitant » étant, c'est bien connu, le plus inculte à juger de l'état d'un patient qu'il connaît mieux que quiconque. Comment renforcer la compétence quand, alors qu'un malade a déjà pris rendez-vous chez un médecin spécialiste, « on » (c'est à dire tout le monde) vous demande une régularisation a posteriori avec un « bon pour ... » afin de permettre le total - et encore - remboursement des honoraires du médecin consulté (généraliste devenu incarnation involontaire de la paupérisation intellectuelle du système de santé). Enfin, comment parler de compétence, quand les écoles publiques et privées, dès le plus jeune âge de leurs têtes à formater (dans ce cas, l'expression me semble justifiée), demandent des certificats, tenez-vous bien, d' aptitude à la vie en collectivité. C'est la toute dernière nouveauté, supposant que certains seraient inaptes à vivre avec les autres. Ça ne vous rappelle pas une sombre histoire consistant à détecter nos futurs délinquants ?
Ce petit aperçu n'est cependant qu'une goutte d'eau.
 Conclusion: on voudrait - ne vous inquiétez pas, je ne suis pas un parano du complot - écœurer les jeunes générations d'étudiants, y prendrait pas autrement. A noter que ces dernières années, seul un imprimé n'a pas foncièrement changé dans ses exigences, alors qu'il s'agit là d'une obligation déontologique et d'un acte d'utilité publique: l'imprimé de déclaration d'incident (pharmacovigilance). Mais la santé publique et la recherchon ne s'e font-elles encore partie des préoccupations des administrations médico-sociales françaises ?

 


Pour ceux qui ne connaissent pas encore notre Charte d’Hippocrate.

Lien : http://www.exmed.org/archives08/circu532.html




Os court :«Grattez le juge, vous trouverez le bourreau. »
Victor Hugo


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