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LA POESIE, UNE FORME
PARMI D'AUTRES " D'EXPRESSION MEDICALE "

Jacques Blais
Souvent, j'ai affirmé
que, parmi bien des modes d'expression écrite, la poésie
représentait à mes yeux, à l'ensemble
de mes sens plus encore, la plus authentique dans la signification
de profonde, issue de l'âme, et aussi paradoxalement
la plus violente. Tant il est d'usage de concevoir, et recevoir
parfois les rimes comme une formulation douce, ce qui est
exact, mais dont les sonorités et le rythme musicaux
masquent ou recouvrent si fréquemment une bousculade
de sentiments terribles, un impact émotionnel terrifiant,
une réactivité à son acmé, quelquefois
comme l'unique équivalent d'un cri, d'un hurlement,
face au déchirement de l'effroi et de la douleur, autant
que sous l'emprise d'un bonheur inexprimable autrement.
Un article, un éditorial, puiseront dans la concision,
la densité, la précision ciblée leur
force et leur portée, leur grâce même parfois.
Une nouvelle conservera jusqu' au terme de sa brièveté
variable et relative l'inconnue de sa chute, le parcours de
ses méandres et de ses surprises, avec pour qui l'écrit
cet éventuel propre étonnement de n'en pas connaître
soi-même l'issue en débutant l'intrigue. Un roman
déroulera dans la durée, sa ligne prévue
et construite, en spires et en volutes, en vagues et en reprises,
la longueur constituant et le plaisir et la difficulté.
Un poème est un outil de brutalité, l'occasion
unique où l'auteur devra presque se lever sous l'urgence
pour saisir un papier et de quoi rédiger tant brûle
la pression des mots, des maux, des émotions, des images,
des sons. Et ceci est valable dans le sens de la souffrance,
de la révolte, de la compensation ou de l'extirpation
impérative de ressentiments à vif, que dans
celui de l'extase, du bonheur, du plaisir, de l'amour, de
l'émotion et de l'expression impérieuse de sentiments
vifs, qu'il faut absolument, immédiatement traduire,
porter en musique et en vocabulaire, en lumière et
en éclairages, en murmures et en imprécations.
Et parfois, et souvent, pour que surgissent ces violences
et ces joies, seule la poésie peut répondre
en intensité et en hauteur.
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L'ENVIE D'ECRIRE UN POEME
Un jour vous
vient l'envie d'écrire un poème,
Peut-être simplement pour dire je t'aime,
Pour ressentir comme une bonne nouvelle
L'impression que la vie est belle
La rime, un soir, vous pousse et vous oblige,
Les vers sont déjà là qui se
rédigent,
Qui ne vous quittent plus et vous suivent la nuit,
Vous n'avez qu'une peur, c'est qu'ils se soient enfuis
Vous allez vous lever, attraper sans tarder
Quelque coin de papier que vous aviez gardé,
Pour y jeter des mots un peu fébrilement,
Dont l'un rit, l'autre pleure, le dernier ment.
Mais le poème a bercé, de sa musique,
La peur qui serre et le chagrin qui pique,
Il a rendu à la mort une chaleur
Colorant les vivants par dessus leur pâleur;
Les vers ont dit, à leur manière vraie,
Ce que les lèvres ne pouvaient dire de frais,
Et les idées se sont portées plus loin,
Avec douceur, une attention, des soins…
Un jour, comme un sanglot, vous vient un poème,
Comme des rires que le vent porte et sème,
Un cri qui vous tord et vous transperce,
Un soudain souvenir à survenue perverse.
Un soir surgissent, seules, quelques rimes,
Comme des fleurs dans un lit de crimes,
Un sourire qui enjoue et transporte,
Un murmure d'enfant derrière une porte ;
Un matin jaillissent bientôt trente vers,
Parce que le jour s'est levé de travers,
La nuit s'est couchée sur un vilain ciel,
Et vous aviez à crier l'essentiel.
C'est un besoin brutal qui vous a saisi,
Une nécessité qui crée la poésie,
Elle a dit autrement ce que pleuraient vos drames,
Ou bien chanté les mots qui éclairaient
votre âme…
(Recueil " Souscrire "
1986)
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