La réponse
à la LEM 453 Systémiquement
parlant (1)a été foudroyante.
En voici un résumé très grossier,
complété depuis peu par une foule d’interventions
très pertinentes sur la liste Exmed-1 : «
Ce que vous racontez là sur les systèmes
ressemble beaucoup trop à un jeu intellectuel
pour que je me sente concerné. Moi, je suis ou
un utilisateur de la médecine, ou un soignant.
En quoi un tel mode de vision des choses peut-il bien
m’apporter un plus sensible par rapport à
ce que je connais ?». Je ne saurais trop remercier
ceux qui ont ainsi pris la peine d’établir
une véritable interaction, car c’est ainsi
que nous allons pouvoir tenter d’aller plus loin.
Autrement dit, au lieu, comme dans un cours magistral,
de suivre imperturbablement le plan établi par
l’auteur afin de traiter son sujet de la façon
la plus complète possible, et dans les règles
strictes de sa discipline, nous allons pratiquer autrement.
A tout propos émis ici, vous avez la possibilité
de faire connaître de quelle façon vous
y réagissez. En d’autres termes à
une action, celle de l’auteur d’exprimer une
idée sur cette lettre, va répondre en
retour la ou les réaction(s) de chaque lecteur.
La communication, au lieu d’être à
sens unique, comme celle, trop fréquente, du
médecin à son patient par exemple, fonctionne
ainsi dans les deux sens pour créer une authentique
interaction. Une vraie communication qui n’est
ni propagande orchestrée, ni manipulation prévue
à l’avance pour obtenir tel ou tel résultat.

Là, nous ne sommes pas dans l’abstraction
intellectuelle, mais dans le fonctionnement des relations
dans le vivant. Quand un journal traditionnel nous propose
un article, le message va dans un sens unique. De l’auteur
émetteur actif vers le lecteur récepteur
passif. Dans le déroulement d’une consultation,
telle qu’elle est enseignée aux jeunes médecins,
et qu’il la voit généralement pratiquer
à l’hôpital, il en va de même
: celui qui sait ( le docteur) parle, celui qui reçoit
est prié d’être convaincu ( le bien
dit ... patient ). Ce mécanisme est de la plus
haute importance. Le médecin se sent , par l’idée
intérieure qu’il a de sa fonction, et par
ce qu’il faut bien nommer son dressage, obligé
en toute circonstance de détenir “la vérité”,
“ le bon diagnostic”, “le conseil juste”,
la “réponse immédiate” etc...
Dans sa tête, il ne reste alors plus guère
de place, et ce d’autant plus qu’il est peu
expérimenté, pour pouvoir accorder la
moindre confiance, ni même la plus petite importance,
à ce que peut lui dire le patient en face de
lui. Comprenons-nous bien : ici c’est au médecin
de “retrouver la confiance” dans ce que lui
communique son malade. Il est évident que cette
communication est loin d’être toujours verbale
( digitale disent les savants), et qu’elle est
bien plus souvent gestuelle ou ... en actes, comme des
rendez-vous manqués, des traitements non pris
etc ... Autrement dit : analogique. Toute une interprétation
s’impose alors, avec tous les risques de fausse
piste et d’incertitude que cela comporte. Voilà
qui semble mal aller dans le sens d’une EBM ( médecine
fondée sur des évidences) si à
la mode.

Pourtant,
l’étude universitaire de la majorité
des phénomènes du vivant nous familiarise
avec la notion de rétroaction. Par exemple, et
très grossièrement, la glande thyroïde
ne se met à sécréter ses hormones
que quand l’hypophyse lui envoie son signal de
stimulation. Cette dernière glande est elle même
sous le contrôle hormonal du diencéphale
qui reçoit ses informations de multiples récepteurs
périphériques. Et réciproquement
aurait obligatoirement, et judicieusement, ajouté
notre ami Pierre Dac, car nous sommes dans des systèmes
biologiques où se régulent mutuellement
une action et une réaction. Action et rétroaction
s’enchaînent. Très vite, cependant,
le praticien en exercice est bien obligé de prendre
conscience que le patient qu’il voit, déjà
si difficile à “décrypter” n’est
pas une entité dans le vide séparée
de tout son contexte personnel de vie. Du temps de ses
études, l’entourage du malade qu’il
soit social, familial, culturel ou professionnel, n’est
resté qu’une formule très accessoire,
au même titre que le classique “ les facteurs
psychologiques” invoqués dans de multiples
pathologies. Autrement dit, on parle de tout cela, mais
sans donner au futur praticien la moindre clé
que sa bonne volonté ou son “bon sens”
pour naviguer sans faire de dégâts dans
ce monde sans limites de l’entourage du malade.
Ce qui aggrave la perception des proches du patient
par les membres du corps médical, c’est
que les familles et les amis sont traditionnellement
- des exceptions remarquables existent - considérés
comme des gêneurs probables, et non comme des
acteurs utiles, par le milieu hospitalier.
Il est indispensable que tout professionnel du champ
de la santé commence par devenir un très
bon technicien dans son domaine d’action. On ne
s’improvise pas du jour au lendemain infirmier,
psychologue, kinési, ou chirurgien cardio-vasculaire
sans se plier à l’acquisition de multiples
savoirs théoriques et pratiques. Tous nos systèmes
actuels de formation assurent du mieux qu’ils le
peuvent cette mission. Là où les choses
deviennent beaucoup plus difficiles, c’est quand
il faut faire coïncider ce bagage initial avec
la vie professionnelle telle qu’elle est, c’est
à dire, le plus souvent, en dehors du cocon protecteur
et réducteur de l’hôpital nourricier.
Ce sont vraiment d’autres compétences qu’il
faut renforcer. Autrement dit, le stade personnel du
bon élève bien obéissant à
tout ce que ses maîtres lui ont appris doit absolument
être franchi. Des dogmes, des habitudes, des imitations,
des certitudes sont alors mises en question. C’est
un état d’esprit, déjà systémique
dans ses interrogations, qui ne plaît pas du tout,
mais alors pas du tout, à ceux qui sont persuadés
d’exercer le monopole de la formation médicale
( ou infirmière ou psychologique, ou dentaire,
vétérinaire etc... ).
Fidèle à la méthode décrite
au début de cette lettre, ce propos n’aura
une suite dans un Systémiquement parlant (3)
que dans la stricte mesure où vous en déciderez
ainsi en donnant votre point de vue personnel. Et le
contenu même du propos sera élaboré
en fonction de vos éventuelles réponses,
critiques, suggestions et questions.
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NDLR : Comme l'Internet est le moyen idéal
pour le faire, il ne faut vraiment pas s'en priver,
ami lecteur. Si ce texte vous touche, vous plaît,
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